



Afin de vous rapporter les événements de manière compréhensible (et donc illustrée), je prendrai comme protagoniste de l'aventure mon compagnon de voyage, Sam l'américain.
Bien, l'histoire commence dimanche dernier, à 8h30 du matin. Alors que j'attendais dans la gare de Takarazuka mon ami Sam afin de me rendre chez un apiculteur de la région (objectif WWOOF !), voilà que je le vois débarquer dans son accoutrement de fermier (cf. photo : bah oui, faut se sentir dans l'ambiance pour travailler la terre...heu...). Inutile de préciser les fous rires en prenant le metro à Osaka, ou en fendant la foule d'hommes d'affaires dans leur costume de travail ! Mais avant ça, quelques précisions sur le wwoof : c'est un réseau international de producteurs et d'agriculteurs bio, réunis autour de valeurs communes (développement durable, respect de la terre, partage du savoir) et qui accueillent les membres de l'association (les "wwoofeurs"), les hébergent et nourissent en échange de quelques heures de travail par jour. Une expérience qui s'annonçait donc prometteuse, d'autant plus que j'allais enfin faire mes premiers pas dans mon domaine de prédilection ( ou plutôt celui de mon estomac) : l'apiculture.
Il se trouve que le gars chez qui l'on a débarqué après 4h de trajet (non je ne préciserai pas que le domaine se trouvait dans la même ville...problème d'orientation) pratiquait également un genre très particulier d'acuponcture, avec des aiguilles d'abeilles...Mais passons, tout comme les conversations hasardeuses que nous avons eu et qui nous ont finalement poussé à partir après seulement 24h...
Non, le plus important est le défi qui nous a été lancé, lorsque nous avions répondu "oui" à la question "aimez-vous la cuisine japonaise ?", et qu'en retour nous nous sommes vu répondre : "je vais vous faire goûter quelquechose que vous n'auriez même pas pu supposé possible...".
Mmoui. Alors replaçons le contexte : un restaurant tout ce qu'il y a de plus normal, une ambiance détendue, rien de bien exceptionnel. Puis la serveuse apporte les apéritifs, des boissons à la couleur écarlate intriguante, et moi :
- "oh c'est joli, c'est du jus de cranberry ?"
-"non, c'est le sang de la tortue coupé avec de l'alcool"
- "QUOI ??!"
Oui, une tortue. A manger. Mais attention, pas n'importe laquelle, une tortue de luxe qui coûte une fortune hein ! N'empêche que lorsqu'ils ont ôté le couverle de la marmitte, j'ai failli recraché mon sang (enfin pas le mien, celui que j'avais dans la bouche) à la vue de la tortue coupée en morceaux, mais bien recomposée, qui flottait dans le bouillon (vous avez de la chance que je ne vous balance pas cette photo).
Bien, vous pouvez voir le septicisme de Sam avec sa carapace dans la main (c'etait après avoir mangé la tête de la tortue telle quelle).
Le lendemain, après avoir décidé de quitter les lieux pour diverses raisons, Sam qui entre temps avait décidé de devenir végétarien tombe sur une affiche dans le métro et me dit "Léa, il faut absolument qu'on aille voir des tortues vivantes dans l'aquarium d'Osaka".
Je crois qu'il a passé une bonne demi-heure à regarder les tortues de mer nager derrière la glace (soit dit en passant, l'aquarium d'Osaka semble être le plus grand au monde, et il était vraiment impressionnant).
Après notre repas dans un resto - végétarien bien entendu - Sam décide de m'emmener dans un coin perdu de la ville qu'il affectionne particulièrement, pour l'ambiance traditionnelle qui y règne. Nous voilà donc partis à la découverte des marchés et artisanats locaux, lui, son costume de fermier sur le dos et une carotte dans la poche, moi encore couverte de la boue de la veille (souvenez-vous, le travail contre le gîte et le couvert), portant l'amertume nourrie la veille contre la société japonaise après une première expérience dans le wwoof mielleuse mais décevante, voire blessante - une tortue au creux de l'estomac.
Et là, la rencontre qui illumina le reste de notre journée, le rayon de soleil dans notre horizon embué de résignation...C'était dans une maison de l'ère Meiji, recyclée par une assoc' d'artistes en un local d'artisanat et d'expression culturelle, culinaire, voire capillaire.
Alors que l'on regarde les rayons d'une boutique pénétrée presque par hasard, le gérant commence à engager la conversation. S'ensuit une discussion animée, pendant plus d'une heure, sur les échanges inter-culturels, la citoyenneté mondiale,...bref, ce gars complètement magique nous a sorti tout ce qu'on désirait dans nos discussions de la veille, tout ce que l'on souhaitait entendre - sans jamais oser l'espérer - dans la bouche d'un japonais.
Je le reverrai sûrement dans un futur proche autour d'un verre, ou d'un repas...promesse cybernétique.
Ma journée achevée, je suis enfin rentrée chez moi, et je suis tombée malade pour le reste de la semaine - trop d'émotions ruine la santé.
Sinon je reviens de Koya-san, une montagne connue pour abriter de nombreux temples bouddhistes et des tombeaux par centaines (dont celui du shogun Ieyasu Tokugawa) au milieu des cèdres géants, et où j'ai passé la nuit justement dans l'un de cestemples (cuisine végétarienne selon la tradition bouddhiste - ça tombait bien - et cérémonie du feu en guise de réveil le matin).
Mais ceci est une autre histoire...
